C'était le dernier bastion Windows de la maison. Mon PC est sous Fedora. Mon serveur est sous Linux. Mais le PC de ma fille... c'était la chasse gardée de Microsoft. "À l'école on a Windows", "Mes copines ont Windows". Vous connaissez la chanson.

Pourtant, j'ai décidé de tenter le coup. Pas par dogmatisme, mais pour la sécurité et la tranquillité d'esprit (et pour arrêter de faire la maintenance antivirus). Spoiler : Ce fut un parcours du combattant, mais nous avons – pour l'instant – gagné la guerre.

Le cimetière des distributions (Ubuntu, Edubuntu, KDE...)

Je pensais que ce serait simple. J'ai eu tort. Ma stratégie initiale était : "Mettons-lui quelque chose de très grand public".

  1. Essai 1 : Ubuntu. Rejet immédiat. "C'est moche, la barre est sur le côté, je comprends rien". Désinstallé.
  2. Essai 2 : Edubuntu. Je me suis dit que la version éducative passerait mieux. Erreur. Trop "bébé", trop chargé. Rejeté.
  3. Essai 3 : Fedora KDE (Spin). Là, je pensais tenir le bon bout. KDE ressemble énormément à Windows (menu en bas à gauche, barre des tâches...). Mais paradoxalement, c'est cette ressemblance qui a posé problème. C'était "presque Windows mais pas tout à fait", ce qui créait de la confusion et de la frustration.

Le Miracle GNOME (ou la résignation ?)

En désespoir de cause (et peut-être parce qu'elle en avait marre de me voir formater son disque dur tous les deux jours), j'ai installé Fedora Workstation standard, avec l'interface GNOME.

Et là... silence. Pas de "Papa, c'est où le menu ?". Pas de "C'est nul". Le miracle a opéré.

Pourquoi ? J'ai ma petite théorie. Nos enfants ont grandi avec des tablettes et des smartphones. GNOME, avec son ergonomie épurée, sa vue d'ensemble des activités et ses grosses icônes, ressemble plus à un iPad ou un Android qu'à un vieux Windows 95. C'est fluide, c'est gestuel, ça va à l'essentiel. Moins de menus, moins de distractions, plus d'action.

Le "SAV Daron" reste ouvert

Attention, tout n'est pas magique. La condition sine qua non de cette paix des ménages, c'est que Papa est là pour les jeux. Elle ne veut pas savoir ce qu'est Wine, Proton ou Lutris. Elle veut cliquer sur l'icône et jouer. C'est donc mon rôle de m'assurer que Steam est configuré aux petits oignons, que les shaders sont pré-compilés et que Roblox (via le launcher Linux) fonctionne sans accroc.

Pour l'instant, ça ne râle pas. Elle ne demande pas à revenir en arrière. Est-ce qu'elle est convertie au logiciel libre ? Probablement pas. Est-ce qu'elle est juste contente d'avoir un PC qui ne lague pas et ne lance pas de mises à jour pendant ses parties ? Certainement.

Et moi, je dors mieux en sachant qu'elle est sur un système sécurisé.

Le Boss de Fin : Madame et son PC de travail

Maintenant que la chambre de ma fille est une zone libérée, il reste une citadelle imprenable dans la maison : le bureau de ma compagne. Elle utilise encore Windows pour son travail. Et là, on ne parle pas d'une enfant curieuse, mais d'une adulte très réfractaire au changement.

Pour elle, l'outil informatique doit être transparent. Si je change une icône de place, c'est le drame. Alors lui dire "T'inquiète, c'est pas Word, c'est LibreOffice mais c'est pareil", c'est prendre un risque inconsidéré pour la paix de mon ménage. C'est mon prochain défi, mon "Boss de Fin". La stratégie sera différente : pas de frontal, mais de l'usure. Je vais attendre le prochain écran bleu ou la prochaine mise à jour Windows qui plante son PC un lundi matin. Et là, tel un sauveur (ou un opportuniste), je glisserai ma clé USB Fedora. Souhaitez-moi bonne chance.