Si je devais résumer mon enfance de stratège en une frustration, ce serait celle-ci : dans Age of Empires 2, on construisait de magnifiques murailles... qui ne servaient à rien. Nos archers restaient plantés derrière comme des piquets, incapables de grimper dessus pour tirer. Il a fallu attendre Age of Empires 4 (en 2021 !) pour corriger ça.
Mais heureusement, au début des années 2000, un studio anglais (Firefly Studios) a compris ce que nous voulions. Ils ont sorti Stronghold.
Pour moi, c'est l'équation parfaite : Stronghold = Age of Empires + The Settlers.
La Gestion avant la Baston (L'héritage Settlers)
Ce qui rend ce jeu unique, c'est qu'on ne se contente pas de cliquer sur une caserne pour faire sortir un soldat. C'est plus organique. Comme dans The Settlers, il faut gérer l'économie au micron. Vous voulez des archers ? Il ne suffit pas d'avoir de l'or. Il faut un bûcheron pour le bois, un atelier de flèches pour fabriquer l'arc, et un paysan libre pour enfiler la tunique. Vous voulez que vos paysans travaillent ? Il faut les nourrir (Pommes ? Fromage ? Pain ?). Et pour faire du pain, c'est tout un circuit (Blé > Farine > Boulangerie).
Cette micro-gestion donne une âme à votre château. Ce n'est pas juste une base militaire, c'est un lieu de vie (parfois cruel, quand on décide de doubler les rations de bière pour faire oublier la famine).
"Monseigneur, les murs sont à nous !"
Et puis, il y a la guerre. La vraie. Dans Stronghold, les murs sont enfin utiles. Quel plaisir sadique de placer ses arbalétriers en haut des tours, de préparer des chaudrons d'huile bouillante ou de lâcher des chiens de guerre sur les assaillants.
J'ai passé un temps infini sur Stronghold 2. C'était l'apogée. C'était vivant, c'était drôle, et la 3D de l'époque avait un charme fou. On se sentait vraiment Seigneur d'un domaine.
Le drame Stronghold 3
Et puis... la chute. J'attendais Stronghold 3 comme le messie. Quelle douche froide. Graphiquement, le jeu m'a repoussé. C'était sombre, terne, sans âme. Là où le 2 était coloré et lisible, le 3 était un brouillon visuel. Le gameplay avait perdu cette étincelle. Les bugs étaient légion. J'ai essayé, vraiment. Mais la magie n'opérait plus. C'est la preuve qu'on ne fait pas un bon jeu seulement avec des graphismes "modernes", il faut une direction artistique.
Conclusion
Aujourd'hui, si vous voulez découvrir cette perle, ne touchez pas au 3. Foncez sur les Definitive Editions du premier ou de Crusader. Ou relancez Stronghold 2 (qui tourne très bien sous Linux avec Proton, au passage).
C'est le seul jeu qui vous permet d'être à la fois un urbaniste médiéval, un boulanger industriel et un tyran militaire. Et ça, ça n'a pas de prix.