Nous sommes le 25 décembre 1998. Sous le sapin, trône un énorme carton : une tour PC beige, probablement un Packard Bell ou un HP, avec son écran cathodique 15 pouces. Officiellement, c'est un outil de travail pour la famille. Officieusement, c'est le nouveau jouet de mon père. Et avec la machine, une boîte bleue avec un casque romain dessus : Age of Empires.

J'avais 9 ans. Et ce jour-là, ma vie de gamer a basculé.

L'apprentissage par l'observation

Je n'ai pas joué tout de suite. La hiérarchie familiale était claire : le chef de clan d'abord. Je me souviens avoir passé des heures assis sur le tapis ou debout derrière sa chaise de bureau, fasciné. Je le voyais commander des petits bonhommes pixelisés, chasser des gazelles, couper du bois, et transformer trois huttes en paille en un empire de pierre.

C'était magique. L'Histoire, que je trouvais poussiéreuse à l'école, prenait vie sous mes yeux. J'apprenais la patience en attendant mon tour. Et quand enfin, il se levait pour aller dîner, le clavier était à moi. Je ne construisais pas aussi vite, mes murs étaient tordus, mais quel sentiment de puissance !

Le "Wololo" et la perfection du 1 au 4

Ce qui est rare avec Age of Empires, c'est la constance. Pour moi, il n'y a pas de mauvais épisode. C'est un sans-faute.

  1. AoE I (L'Antiquité) : La découverte. Le son du "Rogan ?" des villageois et le traumatisme du prêtre qui convertit vos unités avec son "Wololo".
  2. AoE II (Le Roi) : L'apogée médiévale. Tout était plus grand, plus beau. Les châteaux, les trébuchets, Jeanne d'Arc. C'est le jeu de stratégie ultime.
  3. AoE III (Le Nouveau Monde) : Souvent critiqué, mais je l'ai adoré. La gestion des métropoles, la physique des boulets de canon qui détruisent les bâtiments... C'était une évolution audacieuse.
  4. AoE IV (Le Retour) : Sorti récemment, il a réussi l'impossible : moderniser le gameplay sans trahir l'esprit. Les documentaires historiques intégrés sont une merveille.

De père en fils (et sous Linux)

Aujourd'hui, le père, c'est moi. Mon père ne joue plus, mais il m'a légué ce goût pour la gestion et la réflexion. Je ne suis pas devenu un pro-gamer de StarCraft qui clique 400 fois par minute. Je suis resté un bâtisseur d'Empire, comme lui.

Et la bonne nouvelle technique du Daron : Toute la saga tourne à la perfection sous Linux. Grâce à Steam et Proton, je peux relancer la Definitive Edition d'Age of Empires II sur ma Fedora en un clic. Pas besoin de bidouiller.

Alors, merci Papa pour ce Noël 98. Tu ne le savais pas, mais tu ne m'as pas juste montré un jeu. Tu m'as donné une passion pour la vie.