L'autre jour, ma fille est venue me voir avec des yeux de chat potté. Elle voulait absolument "ce skin trop stylé" sur son jeu préféré. J'ai regardé le prix : 20 euros. Vingt euros. Pour une tenue virtuelle.

J'ai failli m'étouffer avec mon café. Pour nous, les trentenaires nés à la fin des années 80, ce chiffre a une résonance particulière. 20 euros, c'était le prix d'un jeu "Platinum" sur PlayStation. C'est le prix d'un excellent jeu indépendant aujourd'hui comme Hades ou Hollow Knight.

Comment en est-on arrivé là ? Comment le jeu vidéo est-il passé d'un produit fini à un service sans fin conçu pour siphonner nos comptes en banque ?

Le bon vieux temps du "One Shot"

Rembobinons. En 1998, quand j'achetais GoldenEye sur N64, la transaction était simple. Je donnais mes francs au vendeur, il me donnait une cartouche. Fin de l'histoire. Le jeu était complet. Les personnages secrets se débloquaient en jouant, en faisant des codes ou en finissant le jeu en mode difficile. Ils ne se débloquaient pas avec une carte bleue.

On possédait le jeu. Aujourd'hui, on a l'impression de n'être que des locataires dans un magasin de luxe.

La pente glissante : Du DLC au Loot Box

La dérive a commencé doucement avec les DLC (contenus téléchargeables). Au début, c'était honnête : des extensions massives qui prolongeaient la vie du jeu. Puis, c'est devenu l'armure pour le cheval dans Oblivion. On a ri à l'époque. On aurait dû pleurer.

Ensuite, nous avons eu les "Loot Boxes", ces pochettes surprises numériques qui ont transformé nos salons en casinos pour mineurs. Heureusement, l'Europe a commencé à sévir là-dessus. Mais les éditeurs ont plus d'un tour dans leur sac.

La fatigue du "Battle Pass"

Aujourd'hui, l'ennemi numéro 1 du Daron, c'est le Battle Pass. Presque tous les jeux multijoueurs en ont un. Le principe est pervers : on paie pour avoir le droit de débloquer des objets... si on joue suffisamment. C'est une double peine : on paie avec notre argent ET avec notre temps.

Quand on est père de famille, le temps est notre ressource la plus précieuse. Je ne peux pas consacrer 100 heures par saison à Call of Duty ou Fortnite juste pour rentabiliser mes 10 euros. Résultat : on se sent exclu, ou obligé de payer pour avancer les niveaux. C'est du "Fear Of Missing Out" (peur de rater quelque chose) industrialisé.

L'argument du "C'est gratuit"

Bien sûr, on me rétorquera : "Mais les jeux sont gratuits maintenant (Free-to-Play) !". C'est vrai. Et c'est génial de pouvoir tester sans payer. Mais le coût psychologique pour nos enfants est énorme. La pression sociale dans la cour de récré pour avoir le dernier skin à la mode est réelle. Ne pas avoir de skin, c'est être un "Bambi", un "Noob".

Conclusion : Gardons la tête froide

Je ne suis pas un vieux réactionnaire. Je comprends que les développeurs doivent manger et que les serveurs coûtent cher. Mais il y a une ligne rouge.

  1. Oui aux cosmétiques qui financent un jeu gratuit suivi pendant des années.
  2. Non aux mécaniques Pay-to-Win (payer pour gagner) qui déséquilibrent tout.
  3. Non aux jeux vendus 80€ qui osent en plus ajouter une boutique interne.

La seule façon de leur dire "Stop", c'est de garder notre carte bleue dans la poche. Si personne n'achète le skin à 20€, il passera à 5€. C'est la loi du marché, et pour une fois, c'est nous qui avons le pouvoir.